#18. Autant en emporte le torrent (Day 3)

(Vous avez lu les trois articles précédents ? Sûr ? Parce que sinon, c’est comme commencer la lecture d’un roman passionnant au beau milieu du bouquin 😉 )

Alors, comment vont les courbatures ce matin-là ?
Réponse A : c’est moins pire qu’hier.
Réponse B : c’est pareil.
Réponse C : difficilement pensable, péniblement imaginable… c’est pire.
Réponse D : la réponse D.

*Roulements de tambour*…. la bonne réponse est la réponse B, B comme Brenda. L’horreur, de nouveau. Mêmes douleurs partout, même intensité, mêmes difficultés à me mettre debout et à amorcer les premiers pas… dur dur pour le moral. Là encore, ça allait à peu près au bout d’une petite heure de marche.

Chuck Norris
Mais cette fois, je me suis inspirée de Chuck Norris. Alors j’ai serré les dents et souffert sans broncher.

D’après ce plan que je commence à haïr, la journée qui nous attend jusque Marla  – en passant par La Nouvelle – implique de grimper au total 1200 mètres et de descendre environ 700 mètres, le tout sur 11 kimolètres. A ce stade, les nombres me passent complètement au-dessus. Je ne me pose plus de questions, j’avance, et je profite au maximum du paysage. Je suis contente de voir que je peux apprécier la beauté des lieux malgré que j’en ch  c’est trop physique pour moi.

Vous avez vu cette petite pancarte qui indique « La Nouvelle par Fond Mafate » ? … Ouais … ben Fond Mafate, c’est vraiment, vraiment loin tout en bas. Avec le loisir de savoir que le mur qui nous fait face de l’autre côté du ravin (que vous allez voir parsemé de cascades), c’est ce qu’on a dû remonter. 😀

Je ne vous cache pas que certains passages étaient assez périlleux, le genre où si tu laisses vagabonder ton esprit n’importe où sans trop penser à ce que tu fais ni dans quel sens, ben t’arrives en bas beaucoup plus vite que prévu mais dans un état solide à tendance liquide.

Rejoindre la Rivière des Galets fut un mélange de sensations contradictoires. On est contents d’avoir une étape de plus derrière nous, de voir qu’on a encore et toujours une météo au top, de plonger nos pieds dans l’eau froide super agréable… Mais on a un ravin intimidant à remonter complètement, et je ne m’en suis pas sortie indemne avant même d’avoir entamé l’ascension.

Des rivières, on en a traversé un certain nombre au cours de ce trek, avec tout un panel disponible. L’option Confort Deluxe : celle où on arrive à ne pas mettre les pieds dans l’eau en sautant sur des cailloux. L’option Fourbe : celle où on a cru qu’on y arriverait en restant au sec et en fait non *plouf*. L’option Honnête : celle où on sait d’office que c’est mort et que l’on doit traverser avec les pieds dans l’eau. Alors, ça peut se faire pieds nus bien sûr (paie ton enlevage de chaussures, de chaussettes, le remettage de chaussettes, de chaussures, pour voir quelques dizaines de mètres plus loin qu’il faut traverser de nouveau, avec en sus les pieds qui glissent sur les cailloux du fond de l’eau et les cailloux qui font mal) ou, solution parfois envisagée par flemmitude aigüe, celle où on traverse pieds dans l’eau mais avec les baskets. Ou encore, la solution que j’ai retenue au fin fond du cirque : la traversée en tongs.

Quelles sont ses avantages ? Ils sont multiples. On ne trempe pas nos baskets, on glisse moins en tong que pieds nus, et on évite de se faire mal.
Quel est l’inconvénient, hormis le temps à changer de patins ? Une idée ? Eh oui. Une tong, ça tient pas au pied. Ajoutons à cela, la poussée d’Archimède, le courant de la dite rivière et la conjonction défavorable des planètes pour les personnes nées au cours du deuxième décan du mois d’octobre, et l’équation tend inexorablement vers la perte de la tong gauche.

IMG_2538 Avant le drame copie
Photo prise juste avant l’accident (et oui je confirme, je porte un short de pyjama).

Alors voilà, j’ai chaussé mes tongs et entrepris de traverser la rivière, avec l’eau jusqu’en haut des cuisses. Je veillais à placer mes pieds à contre-courant, mais je n’ai pas anticipé une pierre au fond de l’eau qui n’était pas placée comme je l’avais imaginé. Bref, j’ai dû pivoter mon pied, et c’est là que le courant, impitoyable, a emporté ma tong.

J’ai été prise d’une crise de fou rire telle que je suis restée plantée au milieu du torrent sans pouvoir avancer, alors que Marcel criait : « J’la vois, j’la vois ! Elle s’est arrêtée, on peut aller la chercher ! ». J’essayais d’y voir quelque chose, mais que dalle, ma myopie m’empêchait de discerner quoi que ce soit. On était suivi par un couple d’une cinquantaine d’années, et le monsieur – qui n’avait pas raté une miette de la scène – a longé la rivière pour chercher ma tong, mais Marcel avait mal vu et celle-ci est partie, comme ça, sans se retourner, vivre sa vie loin de moi, loin de mes pieds, loin de tout.

Rivières des Galets 1 – Tong 0,5.

Pour prendre un peu de recul sur ce coup dur, je vous propose une vue aérienne de Google Maps pour illustrer cette demi-journée. Le tracé en couleur claire vous montre le sentier entre Roche Plate et La Nouvelle.

Capture d'écran 2017-05-17 19.11.56 copie

Tournons la page sur cette sale affaire. Après une heure à batifoler dans l’eau (attention, je parle de ce verbe au sens de « gambader avec joie », n’est-ce pas), il était temps de prendre un peu de hauteur.

Pour vous donner une idée du temps total qu’on a mis à franchir ce petit obstacle : on a décollé de Roche Plate à 7 heures pour arriver dans Fond Mafate peu après 9 heures, on a commencé à monter (à partir des échelles) à 10 heures et on est arrivés à La Nouvelle à 12 heures 15. La Nouvelle est le plus important des îlets du cirque. On y a pique-niqué non pas ce qu’on avait dans nos sacs à dos mais les sandwichs gratinés d’un snack =) ça changeait un peu de l’éternel combo pain au lait / saucisse sèche de Saint Azay ! (et je crois qu’on en avait même plus ,en fait).

C’est à ce moment que nous avons eu notre première pluie, environ cinq gouttes étalées sur 20 minutes. Le temps pour nous de sortir nos K-way et d’envelopper nos sacs dans une housse, pour crever de chaud peu après car il ne pleuvait plus et que le soleil a fait une petite apparition. Go go go to Marla !

C’était quoi ces cuisses, au passage ? C’était les miennes, comme vous pouvez vous en douter (celles de Marcel sont différenciables car beaucoup moins musclées), et je voulais garder un petit souvenir de mes engelures 😀 la photo qui précède vous montre le coin génial que nous avons trouvé pour nous baigner. S’immerger jusqu’au cou dans l’eau glacée m’a fait beaucoup de bien (et je dois dire que c’était aussi notre façon de se laver ce jour-là, ainsi que le premier d’ailleurs 😉 ), sauf que j’ai pris un petit coup de froid. Ça a commencé à me gratter un peu les mollets, puis beaucoup sur toutes mes jambes… qui sont devenues plus ou moins rouges / violettes / violacées. Et ça a fini en démangeaisons de dingue, #douleur. Enfin voilà, j’ai fini par reprendre une couleur normale et tout est rentré dans l’ordre (vous noterez le passage du short de pyjama au pantalon de rando pour me réchauffer). Un très bon remède de grand-mère anti-courbatures, vous m’en direz des nouvelles.

Comme la veille, on a dîné en gîte ! Nous avons encore passé une soirée géniale avec 14 autres personnes. Au menu : boucané de pommes de terre ! Boucané, ça veut dire fumé, et ça s’utilisé aussi bien pour du lard que pour une voiture qui émet un épais nuage noir derrière elle (phénomène souvent rencontré ici). On s’est régalés et on a énormément ri  (« Delphine, ton verre est vide, tu reprends du rhum ? ») avec les quatre personnes qui nous entouraient : une famille parisienne – un couple avec leur ado – qui randonnaient en compagnie d’un guide ! Je n’avais même pas soupçonné que ça existait : c’est lui qui choisit l’itinéraire selon la durée et le niveau de difficulté demandé par les touristes, il réserve les gîtes et les repas et, j’imagine, explique des milliards de trucs au cours de la rando.

C’est cette journée que nous avons préférée, même si le temps était de plus en plus couvert. La section entre Roche Plate et la Nouvelle était exceptionnelle, la bonne humeur était au rendez-vous et j’ai marché bien mieux que ce que je redoutais !

Je vous dis à très vite dans mon prochain article, à savoir le dernier jour de ce trek !

Delphine

PS : elle est pas top cette photo de Marcel prise de dos ? ❤

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. GEHIN Elisa dit :

    Que ta tong repose en paix ! 😥
    Vous me vendez du rêve avec vos sentiers aux paysages à couper le souffle. La souffrance en vaut le chandelle 🙂
    En tout cas, tu dois et tu peux être fière de toi, bien ouèj’ !

    Des bisous ! PS. papi et mamie pensent souvent à vous

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    1. intotherhum dit :

      Merci pour elle !

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  2. peredeborde dit :

    Chuck Norris mon idole cela me rappelle tellement les dimanches après midis avec Denis et Danièle sur le canapé bleu.

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