#17. Du Sang et des Larmes (Day 2)

(suite de l’article #16, lui-même suite de l’article #15 ! #inception)

On se réveille, et on se dit que youpi, c’est parti pour la deuxième journée de trekking ! Sauf que non, c’était pas si simple. Arrêt sur image.

Je suis sur le dos dans mon sac de couchage, emmitouflée dans mon gros pull noir à pompons. Et là, j’essaie d’esquisser un mouvement : celui de bouger une jambe pour amorcer le lever du matin. Veuillez pardonner mon langage : OH PUTAIN. Jamais ressenti ça de toute ma vie. Et pourtant, je me souviens encore de la course que j’ai faite avec Sélenia, Angélique, Claire et Christophe au lac Majeur lors d’un week-end avec la team Matrat (<3). Je crois qu’on avait couru environ 14 kimolètres, un vrai Marathon pour moi qui n’étais pas du tout préparée. Le lendemain était un jour de grande souffrance : je descendais les escaliers à reculons pour rendre l’opération humainement possible, et chaque centimètre cube de mon corps criait au scandale.

Eh ben cette journée-là n’était que de la petite bière (hmmm) comparé à ce que j’ai vécu en ce deuxième jour de trek. Chaque muscle, chaque fibre musculaire, chaque myofibrille, chaque sarcomère, chaque filament d’actine, chaque filament de myosine, chaque disque Z (je pense que vous avez saisi l’idée, mais vous savez combien j’aime les molécules) était atrocement, horriblement, scandaleusement, outrageusement, terriblement, effroyablement, abominablement, extrêmement, immensément, affreusement, épouvantablement (ici aussi vous avez dû voir où je voulais en venir) DOULOUREUX. Mais un truc de malade. J’ai cru pleurer en essayant de me lever. Sortir de la tente était alors un challenge de haute voltige pouvant être accompli par bien peu de personnes sur Terre.

Capture d'écran 2017-05-17 11.18.27

La scène est donc la suivante : Marcel est vif comme un cabri heureux et virevoltant, rangeant la tente et toutes nos affaires pendant que moi, je me demande combien je vais mettre d’heures pour enfiler mes chaussettes et si je vais surmonter une telle épreuve physique. Courageusement, je suis allée récupérer nos fringues mises à aérer. Quelle grossière et ridicule erreur avons-nous faite. Des gros nuls du trek. Les vêtements étaient trempés avec la rosée, alors qu’à la base on les faisait même pas sécher puisqu’ils n’étaient pas humides. Quel duo de nazes.

Je ne saurais vous décrire ma démarche au commencement de cette deuxième journée. Probablement celle d’un Playmobil avec un lumbago, ou allez mieux, celle de C3PO qui aurait besoin d’un graissage parce qu’il rouille sur Tatooine . J’ai dû retrouver une dégaine à peu près normale au bout de 45 minutes de marche, le temps de redécouvrir comment on plie les genoux et comment adopter une allure souple, aérienne et harmonieuse avec mon gros sac à dos.

En marche
Manu, mon partenaire trekking.

Allez, c’est parti, direction Roche Plate ! Nous apprécions le lever du soleil qui éclaire peu à peu le cirque et notre route sentier vers l’au-delà.

Une heure après notre départ, on est arrivés à Ilet-à-Bourse. C’est là où nous pensions dormir la première nuit. Heureusement qu’on a pas cherché à aller jusque là la veille, ou nous aurions été bons pour monter la tente de nuit #paspratique. Et puis, si ya pas d’hélicoptère, moi je dis non. Je vous le donne en mille : il n’y en avait pas.

Stooop. Vous avez rien remarqué qui a retenu votre attention ? Si ? Ah, ce sentier fermé ? Non, je parlais pas de ça. Mais parlons-en quand même. On avait deux choix : y aller malgré tout, ou faire un détour d’au moins deux heures pour éviter ce passage. Oh, peut-être une troisième option : s’énerver au téléphone contre les gens qui tiennent les sites de rando sur lesquels il n’était pas mentionné que ce sentier était fermé (option fort peu utile). A ce moment-là, on s’était fait doubler par un couple qui n’avait pas pu prendre d’autre chemin que celui-là. Je me suis dit qu’on avait qu’à essayer, et que si un passage n’était pas franchissable, eh bien ces gens feraient demi-tour et on les croiserait forcément. Ce qui n’est pas arrivé.

En fait, je voulais parler des deux dernières photos. Ça vous rappelle rien ? Ce relief en petites vagues là, et ce sommet ? Héhé, révisez votre article 12 les amis, « Le Club des Cinq au Grand Bénare(s) ». Pour l’occasion, je vous ai fait deux petits montages grâce à ma parfaite maîtrise du logiciel Photoshop Aperçu. Pour respecter une logique implacable, les photos prises d’en haut du cirque sont celles du haut, les photos prises d’en bas sont celles du bas.

Voilà. C’était pour le petit flash back.

J’en profite pour raconter l’épisode le plus larmoyant de cette épopée. Eh oui. J’ai craqué. Monter et descendre l’équivalent de milliers de marches avec des courbatures délirantes m’ayant fait souffrir à chaque pas… ben ya un moment où la coupe est pleine de larmes et de ras-le-bol. Qu’est-ce que je suis venue fo*tre ici ? L’ai-je vraiment voulu ? Pourquoi je suis pas à la plage ? Maman, où es-tu ? Pourquoi le couple avec qui on discutait tout-à-l’heure a l’air de nous avoir mis 1000 mètres de dénivelé positif dans les dents ? Si je saute dans le ravin, un hélicoptère viendra-t-il me chercher ? Si j’ose pas sauter, je dois donner combien de francs suisses à Jules pour qu’il me sorte de ce merdier ?

Mais c’était sans compter ma plus grande qualité : mon goût très sûr en matière d’homme. Marcel, mon héros. Vous savez ce qu’il a fait ? Il a retiré et défait son sac, puis déroulé mon matelas pour que je m’allonge confortablement par terre. Et c’est pas fini ! J’ai eu droit à un massage des cuissots avec un produit super chelou qui fait un effet tout froid sur la peau, un peu comme celui d’un chewing-gum Airwaves. J’ai pseudo-dormi pendant une dizaine de minutes, et on est repartis. Fort heureusement, pas de passage semblable dans la suite du périple. Vous l’aurez compris, c’était ma pire journée.

Me voilà maintenant dans des calculs savants à l’aide des données du plan pour faire le compte-rendu de cette merveilleuse deuxième journée… et je réalise qu’un truc ne colle pas : je n’ai pas pu galérer à ce point là avec seulement 800 mètres de dénivelé positif.

DELPHINE OK

Je réfléchis deux secondes et comprends que je dois inverser les infos D+ et D- du plan pour que ça colle à notre sens de parcours. Ah oui. On est plutôt au dessus de 1300 mètres de D+ 😉 (je ne sais pas exactement puisqu’on a campé au milieu du sentier n°7). Bref, voilà pour l’épisode le plus éprouvant pour moi. Enfin pour Marcel aussi, sauf qu’il n’a pas réclamé un héliportage d’urgence. Oooh mais j’y pense, c’était également ce jour-là que nous avons vécu l’aventure trépidante qui s’intitule : « Merde, on a plus d’eau ». C’est Marcel qui en a le plus souffert, alors je me suis désignée volontaire pour en trouver quand il ne voulait plus avancer. Je suis allée toquer chez des gens parmi les premières habitations de Roche Plate, sans succès. Mais j’ai trouvé une astuce que vous allez tous adorer : personne pour m’ouvrir ? Ben j’ouvre la porte moi-même 😀 J’entendais un bruit d’eau qui coule venant d’une cahute en tôle, alors je suis allée me servir dans ce qui était une mini salle de bain plantée au milieu d’un potager.

Réhydratés, nous avons pris d’assaut un espace camping gratuit un peu plus loin dans le village, et ensuite nous nous sommes offert le luxe d’une douche chaude à trois euros (je vous raconte pas le moment de plénitude) ainsi que d’un vrai repas en gîte…

… dont je n’ai pas de photo =( C’était une soirée très sympa ! Nous avons mangé un merveilleux repas entrée / plat / dessert au gîte Libelle si mes souvenirs sont bons, en compagnie de quatre autres personnes. Au menu : quiche, rougail saucisse et clafoutis. Très teuf teuf tout ça. L’ambiance était très conviviale, familiale même, à se retrouver comme ça tous les six à table avec les plats à se passer (pas comme dans un resto avec service à l’assiette 😉 ). La bière et le rhum ont naturellement contribué à l’atmosphère plus que joviale et c’était vraiment cool de partager ses expériences avec d’autres randonneurs.

Conclusion de la journée : je n’irai plus jamais à Roche Plate en passant par le sentier n°13. No way. (Edit du 06/02/2018 : ben finalement, je l’ai repris un paquet de fois, ce sentier !)

Delphine

PS : oui bon d’accord, j’ai exagéré un peu avec ce titre d’article, yavait pas de sang en fait.

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Clemmm dit :

    Que c’est agréable de suivre vos aventures confortablement assise dans une chaise :p En tout cas, Marcel a l’air aux anges et plein sourire sur les photos ! Quelle aventure… bravo pour le surpassement de soi !

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    1. intotherhum dit :

      MDR ! Ton commentaire me fait bien rire. Eh oui, on se rend pas compte du luxe que c’est ^^ Merci ma cousine ❤

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  2. peredeborde dit :

    Ça m’étonnaist aussi que Marcel ne te propose pas un chti massage. Bien joué

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