#15. Les Bronzés font du trekking (Intro)

On en avait déjà parlé quelques fois, de cette envie de passer au stade ultérieur du jogging pépère puis de la randonnée de plusieurs heures. Si vous me connaissez un peu, vous vous dites que je n’ai pas pu me résoudre à faire du trail, ho ho que non. Dieu m’en garde. Je parle du trekking : la randonnée sur plusieurs jours, en montagne, au milieu de rien.

C’était pas simple de préparer tout ça : entre les mauvaises conditions météos parfois annoncées, nos disponibilités respectives ou celles des bus qui devaient nous emmener à notre point de départ et la fermeture d’un sentier qu’on voulait prendre, il y a eu quelques reports pour mettre toutes les chances de notre côté de passer un moment formidable.

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Alors alors alors avec une VMA de 30, que je multiplie par le nombre de crampons sur mes nouvelles faufures à seulement 120 euros, je pose du dénivelé ici et je retiens cinq, du coup on peut boucler la diagonale des fous en six heures quarante-douze, pauses comprises. Bim.

Et les dates sont finalement tombées : nous partirions du lundi 3 avril au jeudi 6. Avril aussi, hein. Comment ça j’ai 39 jours de retard dans la tenue de mon blog ? Si on choisit comme référentiel Mercure plutôt que le référentiel géocentrique, ça ne fait même pas une journée d’attente (puisqu’un jour sur Mercure dure 58 jours terrestres et que je suis super calée en produit en croix. Comment ça je me laisse emporter par les cours particuliers de physique que je donne à des lycéens ?).

Bon, et la question majeure : mais où avons-nous fait ça ? Allez, petite devinette en image.

Devinette
A lire rapidement avec la voix de Julien Lepers : Dans le système WGS 84, mes coordonnées sont 21° 3′ 14″ Sud, 55° 25′ 14.02″ Est. Mon nom est à rapprocher d’un adjectif malgache que l’on peut traduire par « dangereux » ou encore « mortifère ». Résultat d’effondrements tectoniques et d’érosions torrentielles, mon relief est particulièrement escarpé et chaotique. Les premiers humains venus m’occuper étaient des esclaves en fuite. Les ravitaillements y étaient alors assurés par les habitants eux-mêmes, des bovins, ou à présent par des hélicoptères. Mon isolement, loin des voies de communication routière, impose un mode de vie et une organisation spécifiques. Je prends globalement la forme d’un ovale de 14 kimolètres sur 7, où on ne trouve aucun réseau filaire. Vous l’aurez compris, je suis paumé au milieu de nulle part, je suis je suis ?!

Je suis le cirque de Mafate ! Traversé uniquement par des sentiers GR ou pas GR d’ailleurs, c’est le plus sauvage des trois cirques, ce qui nous permet d’être immergés au plus profond de cette magnifique nature que nous offre l’île de La Réunion.

Voilà le plan à partir duquel nous avons choisi notre itinéraire, puis le parcours que nous avons fait, représenté par une très harmonieuse alternance entre le vert papa (Jours 1 et 3) et le bleu cyan (jour 2 et 4). Départ Dos d’âne (on imagine les ravitos arriver sur le dos de l’âne Cadichon à l’époque maudite où les hélicoptères n’existaient pas), arrivée Cilaos. Le trajet savamment mis en évidence ne correspond pas tout à fait à ce qui était prévu concernant les endroits où nous avons dormi à cause des estimations de durée complètement merdiques du plan. Si vous voulez mon avis, c’est Kilian Jornet qui a inscrit ses temps persos. Dernière info : les plus férus de cartographie auront repéré que le Nord se situe en haut à gauche sur ces plans.

Pour résumer : un peu plus de 37 kilomètres à parcourir avec un total pour le dénivelé positif de 4285 mètres, et seulement 3655 mètres de dénivelé négatif. Autant vous dire que j’ai cru vivre un rêve éveillée pendant ces trois jours et demi de marche (et dire que sur Mercure, ça n’aurait duré que 0,06 jour ! OK, j’arrête avec ça).

On s’est dit que ce serait vraiment trop facile de dormir dans des gîtes. Franchement, une vraie chambre, de vrais lits avec des matelas, des draps, des oreillers et tout ce confort inutile, ça va bien cinq minutes. Pourquoi aller chercher si loin ce que nous avons en mieux chez nous ? Non, aucun intérêt. Empruntons plutôt une tente à EnteRomain (ceci est une private joke d’assez mauvais goût). Rajoutons-nous donc le défi de porter cette tente – enfin surtout pour Marcel –, de la monter chaque soir et de la démonter chaque matin. La véritable raison de ce choix me fait penser à Coluche qui disait si justement : « Dans les fins de mois, ce qui est le plus dur, c’est les trente derniers jours ».

C'EST PAS SORCIER
Hahaha. Qu’est-ce qu’on rigole.

Le moment de préparer nos sacs fut douloureux, avant même d’avoir commencé. Marcel m’avait fièrement annoncé qu’il porterait tout et que je ne porterai rien. C’était faux. Derrière cette petite frimousse que nous aimons tous se cache un cruel personnage qui ment comme un arracheur de dents.

Evidemment, il fallait prendre tout le matériel pour camper : la tente, les matelas de sol, les sacs de couchage. Des fringues de rechange. Des K-way pour faire comme Dany Boon. Des tongs pour aérer nos pieds puants et fatigués en fin de journée. De la bouffe (vive le sauciflard, les terrines, le pain, les pâtes d’amande, de fruits, et autres barres céréalières amoureusement achetées chez Décathlon). La crème solaire (spéciale dédicace à mes cousines belges), les téléphones pour tester Facebook au milieu de cette jungle ou plutôt pour servir de lampe de poche, l’appareil photo. Il manque un truc qui peut vite devenir lourd et qui est un peu important : du l’eau. Beaucoup. Tester le poids de mon sac a failli me faire tomber à la renverse, au sens propre comme au figuré. Nickel.

Je passe sur les détails de logistique rapidement : on a pris la voiture jusqu’à la gare routière de Saint-Louis où nous avons pris un premier bus jusqu’au Port, puis un deuxième jusqu’à Dos D’âne. On a eu droit à des gens sympas qui nous ont parlé de leurs treks et nous ont dit où descendre (après avoir tapé dans nos mains pour signaler qu’on veut s’arrêter au prochain arrêt) et à des gens pas sympas comme ce conducteur complètement con qui a refusé notre billet alors qu’on a bien vu qu’il avait largement de quoi rendre la monnaie. Bref, nous voilà largués en pleine cambrousse et le périple commence.

Vous sentez l’arnaque venir ? C’est normal. En même temps si vous avez lu le titre, on devait s’y attendre. Je n’aime pas écrire un article qui fait des années-lumières de longueur, alors l’histoire se fera en plusieurs billets. Et puis, comme disait un ancien slogan dans une pub de fromage : « C’est meilleur quand on attend. ».

Delphine

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Clemmm dit :

    Vivement la suite de l’article ! Delphine et Marcel, en avant les histoires !

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    1. intotherhum dit :

      En cours de construction !

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  2. peredeborde dit :

    J’ai pris du retard dans la savouration (rien que ça) de ta prose delicieuse dans mon boudoir…. non en fait dans le camping-car direction St Chartier. Tout aussi roots que tes treks. Je vois que les planètes sont alignées pour vous. Bonne profitation à la réunion.

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