#8. Notre (premier) chez nous

Je le sais, vous êtes impatients. Dans cet article, vous saurez tout de pourquoi, comment, j’ai finalement renoncé à mon rêve pourtant très présent : celui de trouver un logement avec WC séparés.  J’ai jamais pu concevoir qu’on puisse se laver et faire ses besoins dirons-nous, dans la même pièce… Economiser une porte ? Praticité pour l’arrivée d’eau ? Je cherche encore.

Je me réjouissais de visiter une demi-douzaine d’appartements, de comparer leurs emplacements respectifs, le prix du loyer, la surface, l’orientation du balcon, la couleur du carrelage, confronter mon avis à celui de Marcelou… Eh bien rien de tout cela n’est arrivé.

Nous avons plus ou moins (plutôt moins que plus) visité trois logements, et je vous annonce, non sans fierté, que le premier fut le bon. Je vais donc le garder pour la fin, dans un souci du maintien de l’intérêt du lecteur dans l’intégralité de ma prose.

Deuxième logement. Celui-là aurait été temporaire, il n’était libre que quelques semaines, mais nous l’envisagions comme option d’attente qui nous aurait permis de rendre leur confort plus tôt à nos chers hôtes. C’était une maison louée pendant les vacances de son occupante. Localisée rue Hubert Delisle (quasiment toutes les rues de toutes les villes s’appellent comme ça ici, ce type a dû faire un truc vachement cool), on a eu un peu de mal à trouver le portail, fermé par une vieille chaîne et à moitié caché par la végétation. On est entrés dans le jardin… enfin si on peut appeler ça un jardin. Une jungle, plutôt, qui n’a pas dû faire l’objet d’un entretien minutieux et assidu depuis un temps certain.

Et c’est là qu’elle s’est avancée vers nous. La dame qui nous a fait visiter. J’aimerais avoir la patte de Stephen King pour vous la décrire, j’aurais tout à fait vu cette femme comme personnage de ses romans plutôt glauques. Elle avait ce don de pouvoir être debout et rabougrie sur elle-même simultanément. Et elle portait ce genre de lunettes qui me laisse pour le moins perplexe, celles avec des verres solaires à rabattre. J’hésite encore… super stylées ou complètement démodées ? On va dire que ça dépend du style général (rock’n roll, casual, bobo ou glam’ ?) mais aussi compte tenu de l’ambiance des lieux… j’ai fait mon choix assez rapidement. Elle nous a serré la main, et a commencé à dire su-per len-te-ment que moi – je – suis – la –  belle – fille – et – que – c’est – moi – qui – fais – vi-si-ter – par-ce – que – la – mère- de – mon – ma-ri – est – en – va-cances. Ok ok, sur ce, nous sommes rentrés dans la case créole sortie d’une autre époque (mais laquelle !?) et avons rencontré ledit mari. Il était affalé dans le canapé comme si aucun tonus musculaire ne l’habitait plus désormais, et notre bonjour n’a pas eu du réponse. Laissons-lui le bénéfice du doute : peut-être n’a-t-il pas parlé assez fort. Son regard vitreux et/ou à moitié dans le vide m’a fait me demander s’il n’y avait pas un problème, mais il fallait faire le tour des lieux avant de partir en courant.

Le premier mot descriptif qui m’est venu à l’esprit est « vieillot », et le deuxième, qui le talonnait de près, est « flippant ». Les meubles étaient très anciens et en mauvais état. Certains étaient remplis de vieux bouquins tout abîmés qui n’ont pas dû être ouverts depuis Jérusalem (ceci est une private joke pour Noumy). La décoration nous a beaucoup marquée. Un étalage de portraits de famille inspirait la terreur, tout à fait dans le genre de cette photographie.

portraits
Combien de meurtriers sur cette photo ?

Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé n’étant pas fortuite du tout, je me tiens à disposition des gens qui voudraient que je retire ce cliché.

 J’ai eu une petite hésitation à aller dans la cuisine, un petit carré dans lequel il fallait rentrer par une ouverture creusée dans le mur à peu près large comme mes épaules. J’y suis quand même allée, en me disant que jamais je ne pourrais préparer un petit plat avec joie et sérénité, calme et volupté là-dedans. Je me suis retournée pour sortir, et me suis retrouvée face à face avec le monsieur qui se tenait debout devant moi, immobile et immense. Mamaan. Et là, il a parlé, avec sa grosse voix :

 Alors, vous en pensez quoi ?
_ Euuuh… c’est… super grand. #sourirecrispé

Ce qui était complètement vrai, la maison devait faire dans les 100 mètres carrés et je vous parle même pas du jardin de la jungle qui l’entourait. La salle de bain… bon pour être honnête, c’était pas forcément crasseux ou quoi, mais tellement vieux et marqué par la personne qui vivait là, que je n’ai pas pu me projeter me doucher là sans mourir d’un crime à l’arme blanche. J’ai fini la visite par la chambre, qui a confirmé ma confirmation que je ne retournerai jamais dans cet endroit, encore moins pour y dormir. Une de ces odeurs de vieux, aïe aïe aïe, qui imprégnait les lieux. No way. A la rigueur, j’aurais pu accepter de camper sur leur terrain. La dame était gentille et j’aurais bien aimé que la case convienne, mais c’était au-dessus de mes forces. Encore pire quand, sur le retour, Marcel imagine la dame venir nous regarder dormir au beau milieu de la nuit.

Next ! Le troisième logement à voir était très en hauteur, toujours sur le Tampon. On a roulé un bon moment avec la voiture de location dans des toutes petites rues escarpées et viragées (je sais, ce mot n’existe pas, mais je n’en trouve pas d’autre). J’aimais pas trop l’idée d’être si loin du centre ville et en plus par un accès un peu difficile, mais bien sûr Marcelou aimait beaucoup le côté sauvage du quartier. On a marché quelques minutes sur un sentier où nous avons pu admirer chevaux et bœufs avant d’arriver au logement, un genre de bungalow coloré sur pilotis qui nous a bien plu. On a dit bonjour à la dame, qui a coupé court à toute réflexion : « Oh je suis désolée, j’aurais dû vous appeler, j’ai eu confirmation tard hier soir qu’il a été pris ». Crotte. On aurait bien aimé visité au moins par curiosité mais ça ne servait donc à rien. On a quand même bien discuté avec la dame qui était super sympa. Et puis, il faisait bien trop beau pour pouvoir être de mauvaise humeur, surtout si tôt dans nos recherches.

A part ça, on a bien sûr essayé de contacter pas mal d’autres personnes qui n’ont jamais répondu. Tout ça pour vous dire qu’en repartant, j’ai appelé pour confirmer qu’on voulait prendre le premier logement que nous avons vu. Comme je vous ai déjà dit, j’aurais voulu faire plus de visites, mais ça aurait été trop bête de passer à côté d’un coup de cœur partagé. En plus, sachant que nos amis avaient passé un mois et demi à visiter ces cases miteuses avant de trouver leur nid, on a préféré se lancer.

Place aux photos maintenant ! Je pense que vous allez comprendre pourquoi nous avons tant aimé ce petit havre de paix. Tour du propriétaire en quelques mots : la chambre, le salon et la cuisine sont alignés pour tous donner sur le très long balcon 🙂 ❤

Delphine

PS : si vous voulez nous envoyer quoi que ce soit, des lingots par exemple :
60 rue des Mainates
97430 Le Tampon
Edit ajouté le 17/10/17 : nous n’habitons plus à cette adresse ! Au jour du 1er octobre 2017 a commencé une nouvelle aventure décrite dans cet article ^_^ 

PS2 : Hubert Delisle fut le premier gouverneur créole de La Réunion, au 19ème siècle. Apparemment, il a bien contribué à la modernisation de l’île en y implantant des banques et en faisant construire des routes.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. GEHIN Elisa dit :

    *viragées –> sinueuses ? 🙂

    J’aime te lire et prendre de vos nouvelles ! Quelle chance, profitez bien, je vous embrasse !

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    1. intotherhum dit :

      Bien vu 😀
      ça me fait super plaisir, vous nous manquez tous… Pas de soucis à se faire, nous profitons beaucoup. Gros bisous à Max et toi !!!

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